EMILIE SIMON

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EMILIE SIMON

Album "POLARIS"

« Rien ni personne ne pourra éteindre cette flamme en toi »

chante Emilie Simon dès le titre d’ouverture de Polaris, son premier véritable album depuis
dix ans. Une longue éclipse en apparence, que la chanteuse, musicienne et productrice
française a pourtant mise à profit pour explorer de nouveaux territoires, ouvrir des pistes
inédites et réinventer son vocabulaire musical et ses fils narratifs, qu’en Ariane d’un monde
onirique elle tend sur son passage pour nous inviter à la suivre aveuglément. Après une
musique de film (The Jesus Roll, de et avec John Turturro), une échappée entre Terre et
Mars le temps d’une série de singles, Emilie Simon a choisi en 2023 de retravailler (Rework)
son premier album, en studio et sur scène, histoire de refermer pour de bon un chapitre
entamé vingt ans plus tôt. Elle a aussi publié Phoenix, un conte gothique « vampirisant »,
chanté et parlé en alexandrins, dont le personnage central, Lily Mercier, est aussi celui que
l’on retrouve au cœur de l’aventure Polaris.
Lily est une projection d’Emilie, en quête de cette étoile polaire qui symbolise le désir jamais
éteint de trouver son chemin. L’éblouissement aussi, lorsqu’on est une musicienne qui
cherche, toujours en instance de s’enflammer à nouveau pour les mystères infinis du son et
pour en traduire les frissons en chansons. Telle est la réussite de cet album, chanté en
français comme en anglais, qui conjugue l’évidence des mélodies et l’exigence de la
production, séduit immédiatement (l’irrésistible brûlure de Soleil) et envoûte au fil des
écoutes à la façon d’une irisation durable de milles fragments sonores. Enregistré à New
York (où Emilie a longtemps vécu), Los Angeles, Montréal, Rome et Paris (où elle est
revenue s’installer), Polaris possède néanmoins sa cartographie propre, dont l’univers est
l’échelle étalon, sa pulsation inspirée des rythmes cosmiques, sa poésie singulière qui
trouble autant qu’elle alpague et ensorcelle. Signe que rien ni personne ne pourra éteindre
cette flamme en elle.
Seule à la barre de ses « big machines » expérimentales, dans les secrets sorciers
d’un jardin jalousement gardé, elle s’est épanouie telle l’orchidée sauvage d’une odyssée
électronique, végétale, minérale et sensorielle, vagabondant sur les fuseaux horaires tout en
demeurant cette fille d’à côté, chaleureuse et mutine.
Depuis son premier album (Graines d’étoiles) jusqu’au plus récent, Mue (Les étoiles
de Paris), l’étoile est le guide suprême d’Emilie, l’inaccessible muse qui oblige à regarder et
viser toujours plus haut. Polaris est donc l’objet d’une nouvelle expédition en territoires
fantasmés, au dos d’un tigre ailé aux yeux d’émeraude, mais, comme on le verra en
décryptant le récit, les choses rêvées ne se déroulent jamais comme prévu. Déchirante
tragédie astrale ou voyage initiatique en mode « fantasy », Polaris polarise l’attention de
façon haletante, et offre à Emilie Simon un nouvel écrin pour briller musicalement. Comme à
son habitude, elle en a maîtrisé tout le spectre de la production, seulement secondée par
l’ingénieur du son et mixeur californien Manny Marroquin (Rihanna, The Weeknd, Lana Del
Rey) et assure l’essentiel d’une architecture sonore vintage-futuriste du plus bel éclat,
assortie de cordes cinégéniques. Si elle évoque en clin-d’œil l’âge d’or du home-studio des
années 80, avec ces synthés Fairlight et Korg M1 rutilants, c’est avec ce sens inné de la
collusion des époques et des styles qui constitue depuis toujours sa force motrice. Inspirée
tout autant par le hip-hop contemporain, elle a choisi de s’alléger des masses de sons
qu’elle manipulait autrefois pour tendre vers un genre de minimalisme qui sied à merveille à
la clarté nouvelle de son écriture.

Forte(resse) et féline (Tiger) à la fois, en équilibre gracieux entre la chanson française et la
pop internationale (le presque madonesque My compass), entre pleine lumière céleste et
zones ténébreuses (North star), elle démontre une fois encore l’amplitude de son éventail
musical et les superpouvoirs d’attraction (des astres) qui sont les siens. « Je n’ai besoin de
personne, besoin de rien » chante Lily/Emilie sur Mon tigre ailé, métaphore d’un travail
méticuleux, tout en nuances chromatiques et variations rythmiques (écoutez l’étourdissant
Crystal ou l’horlogerie Tim Burtonienne de Celestial) dont les élans parfois épiques (Eau
salée) sont le résultat d’une quête farouchement solitaire.
« Il n’y a personne comme toi » dit le refrain de Soleil, et il n’y a d’évidence personne
comme Emilie Simon.

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