Delayre

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EP "Ubris" sortie le 19 novembre 2021

Dans les tragédies antiques, le sort des héros est scellé dès le premier vers. C’est qu’ils ont défié les dieux, commis le péché ultime. C’est l’acte de transgression absolu pour les grecs : « Ubris ».

Ce mot, Delayre l’a eu en tête tout au long de la création de ses premières chansons. Comme un mantra que l’on récite, l’artiste a souhaité jouer avec ce concept, tourner autour.

Explorer ses orgueils, ses passions, et autant d’émotions contradictoires pour les raconter mais aussi parfois les déconstruire. À l’instar d’une masculinité exacerbée et violente dont il a souvent été témoin au cours de sa vie de jeune adulte.

De l’Ubris, il en a fallu à l’artiste pour défricher les frontières de son territoire sonore, en défiant au passage ses dieux à lui : Moderat, Rival Consoles, ou encore Clark. Il en faut aussi pour tenter de transformer la boue en or, les passions de l’égo en poésie.
Ce premier EP est une exploration crue des beautés et des violences qui se bousculent dans la tête de Delayre.

Le disque s’ouvre avec « Obsolète », le texte évoque l’éveil de deux jeunes amants. L’homme, bercé par les illusions de son égo est confronté à la liberté éclatante de sa partenaire, il lui faut déconstruire son sentiment de toute puissance, cette masculinité qui fait de lui un être obsolète, gonflé d’orgueil et voué à l’extinction.

« La Vague », évoque une relation qui se désintègre. Mais ici point de pathos, c’est un doux laché prise face à l’inéluctable que décrit Delayre. Les amants se décomposent en atomes flottants au gré de l’eau. Les certitudes s’effacent, les débris doivent bruler, le bateau doit sombrer. Le titre, servi par une instrumentation onirique, résultat des recherches sonores de l’artiste entouré par ses synthétiseurs. On y entend également de nombreuses textures vocales, les manipulations de la voix restant le terrain de jeu favori de l’artiste.

Dans le titre Vassal, Delayre semble obsédé par la vision d’un personnage étrange. Échoué dans un club noir, il observe depuis le coin du bar ce danseur inquiétant et charismatique que l’on dit capable de faire valser le diable lui-même.
La production du titre révèle peu à peu toute l’ambivalence de ce personnage captivant, à travers le croisement d’une électro froide et de rythmes sensuels. Comme une procession vers un final techno d’où surgissent d’étranges violoncelles.

Vénus et Mars est surement le titre le plus emblématique de l’Ubris de Delayre. Le narrateur y déclame son désir grandiloquent, prêt à trahir des rois, prêts à défier des dieux. Le texte presque chuchoté se heurte à une instrumentation rugueuse inspirée par Jamie XX et la scène garage du Royaume Uni.

Le disque se referme sur une nouvelle mouture de « Corps en guerre », tout premier titre de l’artiste sorti 2020. Si Delayre a conservé son texte, l’instrumentation est ici totalement inédite et inspirée du style Hyper Pop, que le musicien a découvert à l’écoute des récentes expérimentations d’une autre de ses figures tutélaires : Jonsi, leader du groupe Sigur Ros. L’artiste referme ainsi cette première collection de chanson en nous entraînant vers les abîmes d’une procession entêtante, entre rudesse et fragilité, comme la fin d’un voyage sincère et raffiné vers les profondeurs intimes et brillantes de ce premier EP.

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